CALIXTHE BEYALA

Calixthe Beyala est née au Cameroun en 1961. Elle a été marquée par l'extrême pauvreté de son milieu. Calixthe Beyala a passé son enfance séparée de son père et de sa mère. D'un tempérament solitaire, dit-elle, elle a grandi seule avec une soeur de quatre ans son aînée. Calixthe Beyala a été à l'école principale du camp Nboppi à Douala. Ensuite, elle a fréquenté successivement le lycée des rapides à Bangui et le lycée polyvalent de Douala; elle aimait tout particulièrement l'étude des maths.
Avant de s'installer à Paris, Calixthe Beyala a vécu à Malaga et en Corse. Elle a également beaucoup voyagé en Afrique et en Europe.
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Ouvrages publiés

C'est le soleil qui m'a brûlée. Paris: Stock, 1987. (174p.). Roman. ISBN: 2-234-02083-2

Tu t'appelleras Tanga. Paris: Stock, 1988 . (202p.). Roman. ISBN: 2-234-02142-1

Seul le diable le savait Paris: Le Pré aux Clercs, 1990. (281p.). Roman. ISBN: 2-7144-2476-7

Le Petit prince de Belleville. Paris: Albin Michel, 1992. (262p.). Roman. ISBN: 2-226-05934-2

Maman a un amant. Paris: Albin Michel,1993. (352p.). Roman. ISBN:2-226-06398-6

Assèze l'Africaine. Paris: Albin Michel,1994. (352p.). Roman. ISBN:2-226-06998-4

Lettre d'une Africaine à ses soeurs occidentales. Paris:Spengler ,1995. (160p.). Essai. ISBN: 2-909997-36-7

Les Honneurs perdus. Paris: Albin Michel,1996. (412p.). Roman. ISBN:9-78226-086938

La petite fille du réverbère. Paris: Albin Michel,1998. (412p.). Roman. ISBN:2-226-09591-8

Amours sauvages. Paris: Albin Michel,1999. (251p.). Roman. ISBN: 2-226-10818-1

Lettre d'une Afro-française à ses compatriotes. (Vous avez dit racistes?) Paris: Mango, 2000. (96p.). Essai. ISBN: 2-84270-232-8

Comment cuisiner son mari à l'africaine. Paris: Albin Michel, 2000. (170p.). Roman. ISBN: 2-226-11676-1

Les arbres en parlent encore Paris: Albin Michel, 2002 (412p.). ISBN 2 226 13096 9. Roman.
Le début

"Ici, il y a un creux, il y a le vide, il y a le drame. Il est extérieur à nous, il court vers des dimensions qui nous échappent. Il est comme le souffle de la mort"

J'ai connu Ateba lorsqu'elle entrait dans sa dix-neuvième année. Tous s'accordaient à la trouver belle, et moi, Moi que nul ne voulait voir ni même écouter, moi la bête à jamais cachée dans la grotte des pensées à naître, j'étais d'accord pour dire qu'elle était belle, parce que les horreurs qui déferlaient sans cesse à mes yeux m'avaient appris l'art de voir sans voir, et de ne voir que ce que j'ordonnais à mes yeux de prendre.

Le début

Je vais mourir, femme. Les Blancs meurent aussi, tu sais? Plonger dans la mort comme dans la vie. Sans visa, sans passeport. Que faire? La mort est abondante et complexe. On peut l'additionner, la multiplier et étaler ses séductions comme un marchand son cahier de comptes. Longtemps, j'ai refusé de m'emmêler dans ses calculs. Ce que je voulais, c'était changer d'univers. Partir avec mes affaires dans un sac en plastique roulé sous mon bras. Partir vers des lieux sans terre ni ciel. Chercher l'aveugle. Il me lira le livre sacré de la vie. Il me dira Bankok, Dar Es-Salam, Mississipi, Kilimandjaro, Khéops. Je prendrai son relais, j'irai sans voir, les yeux ouverts et je verrai, les yeux fermés.
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Le début

Dans la famille nous aimons les grands projets. D'ailleurs j'en ai un: DEVENIR.
La vie? Quelle vie? La mienne est faite d'oubli et de robes. Pas de murs dans ma chambre. Rien que des robes. Débordantes. Lourdes. Effusion de satins, de soies et de cotons qui camouflent mon corps et établissent le lien nécessaire entre moi et les autres. Sapeuses? Vous n'y êtes pas. Frimer sur des triples talons à un demi-million, rouler des épaulettes coutures est essentiellement culturel. Les regards s'installent sur moi. Nul besoin de carte de séjour ni de passeport. Visa pour la survie. Que deviendrais-je si ces tissus qui me protègent venaient à disparaître? Le monde, redoutable oppresseur, sera en colère contre moi. Une avalanche inquisitrice se déversera sur moi: ma couleur ébène, mes parents, mon chat, mes habitudes, mes préjugés, ma méfiance, ma haine, ma beauté que je ne vous décrirai pas tellement elle saute au yeux, mes ambitions, mon âme!

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Le début

La culture c'est pour tous.
De gré ou de force.
Education OBLIGATOIRE.
Ainsi, les autres peu à peu viennent nous déranger. Prêter mon fils à d'autres compétences que les miennes - aux hommes et femmes que je ne connais pas, mais qui, me dit-on, sont certifiés pour la pédagogie. Ainsi l'enfant s'échappe de moi. Je n'ai plus qu'à accepter, signer des livrets scolaires qui décrivent ses faiblesses, son développement. Etrange civilisation qui juge l'enfant selon des critères et des notes où son intelligence est chiffrée.
La magie des raisons contraires m'échappe.
J'ai longuement pensé à cette affaire.

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Le début

Oh, l'Amie, je veux te raconter une histoire, une histoire tel un chemin dont on ignore l'itinéraire et qui traîne ses hésitations. Et si ma raison parfois frôle l'abîme, j'accouche, insatisfaite, de ces lignes sans pitié.
Sache, l'amie, que l'hiver reprend ses droits. J'ai un demi siècle. C'est dur de vieillir. Ma vieillesse me contemple dans une glace comme un monstre dont je ne vérifierai jamais la tournure.
Parce que l'amie, je n'ai plus aucune chance! Aucune chance ou rien.
C'est le chant de l'exil qui me dicte ces syllabes.
Son sang mêlé à mon corps se traîne dans mes souvenirs.
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Le début

Vint l'indépendance. Longtemps après, j'en ai parlé à un Français. Il m'a dit que ça lui faisait un drôle d'effet, l'indépendance vue du côté nègre; il se souvenait des grandes réjouissances à la libération du Cameroun; il trouvait étrange, trente ans après, de penser à la version africaine.
Moi, j'avais grandi dans un pays sans élite, une administration de quelques dizaines de fonctionnaires déjà corrompus, avec guerres civiles et braves citoyens qui s'étripaient dans le maquis.
Blanc. Noir. L'existence se transforma. Pour fuir la répression à Douala, Menguelé s'embarqua dans un bateau, à fond de cale. Abega dut subir les soldats de son Excellence-Président-à-vie, quand ils entrèrent dans les villages des forêts. Maman perdit son emploi parce que les Blancs rentraient chez eux.
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Le début

Soyons clairs: tous les hommes ne sont pas des salauds, ni des machos et ne rêvent pas forcément de nous soumettre. Il est certain que chacune trouvera dans son entourage un homme honnête, qui la considère comme une entité à part entière, la respecte dans ce qu'elle est, pour ce qu'elle est. Mais le jeu, ici, consiste à oublier un peu notre bonheur personnel, à exclure, l'espace de quelques pages, ces êtres exceptionnels qui, après mille siècles de désespoir lié au sexisme, nous font croire par leur gentillesse que le ciel est définitivement bleu, que l'égalité entre homme et femme, cette gâce, est définitivement acquise. Ceux-là ne sont-ils pas simplement l'arbre qui cache la forêt?
Le début

Que ceci soit clair: je m'appelle bien Saïda Bénérafa. Jusqu'à quarante et quelques années, je n'avais jamais quitté New-Bell Douala no5. Je n'étais pas encore la jeune fille de cinquante ans qui passionne Belleville. Pourtant, même à cette époque, je faisais déjà la Une du téléphone arabe.
Pourquoi? Je suis née quelques années avant les indépendances. C'était en 40-45, mais les dates précises n'ont aucune importance. J'ai vu le jour dans un de ces quartiers phares, nombrils de l'univers, où l'imagination de l'homme, son sens de la débrouillardise dépassent la fiction. L'instinct de survie y abolit la notion du temps et de l'espace. Les scientifiques et les services d'urbanisme restent babas de voir pousser sous leurs yeux émerv&eillés, tels des champignons, les maisons de bric et de broc, de toc et de miradors infernaux. Et devantt cette capacité d'improvisation de l'humain, ils ne font qu'une chose: applaudir.
Le début

A l'époque où commence cette histoire, je n'étais pas encore l'écrivain décoré, vraiment ?... qu'on charrie, qu'on insulte, qu'on vilipende, qu'on traite de cervelle en jupon ! Pas non plus la Négresse qui fait se pâmer les pantalons sans fond, les barbichettes sans virilité, tous ces riens qui me couvrent de leurs frustrations - parce qu'ils croient, ces imbéciles, qu'une femme, Négresse de surcroît, ne saurait se défendre.
Le début

Une fois de plus je tente d'assembler ce qui s'est passé. Une fois de plus j'ai des doutes quant à la nécessité d'une telle confession. Il m'arrive de rêver à ces années où j'avais des idées, des certitudes et la foi. Aujourd'hui, toute vérité me suggère son contraire. Toute affirmation est une folie. Toute conviction me semble fanatisme. Les extrémistes me qualifieront de folle et les radicaux de stupide.
Le début

Qu'on se le dise une fois pour toutes : le racisme est la chose la mieux partagée entre les peuples.
Bien sûr, il apparaît de très bon ton de se dire antiraciste ; de chanter les louanges de l'égalité des sexes, quitte à bafouer sa compagne à l'ombre des rideaux ; de vanter à en pleurer sa propre tolérance face à la différence de religions, de couleurs, même si au plus profond de son être, on ressent une répulsion profonde à être servi par un nègre non ganté "Mais, le ne suis pas raciste, moi !" Et de parler, entre café et cigare, de son dernier voyage à Dakar ou à Tombouctou, de leurs crépuscules aussi colorés que des majorettes, de leurs femmes majestueuses aux boubous multicolores, de leurs bouffées de musique qui surgissent des maisons, de leurs éclats de rire...
Le début

Il était une fois, un bomme qui vivait dans les montagnes dans la société des bêtes. Les vaches lui donnaient leur lait ; les moutons lui tenaient compagnie ; les oiseaux l'éventaient de leurs ailes colorées ; les chats le caressaient et, par les nuits froides, les lapins le réchauffaient. Il était si heureux dans ces montagnes qu'il ne supportait pas la vue d'un humain. Un jour, lorsque le soleil se leva, il trouva une femme accroupie sous sa véranda. Elle observait les rosiers plantés dans sa cour. Les rosiers étaient en fleur et les fleurs étaient noires.
- C'est toi Biloa ? lui demanda-t-elle.
- Je n'ai aucun nom pour la race des bommes, dit-il.
- Pourtant, on m'a indiqué qu'en traversant la rivière, en grimpant cette montagne, j'arriverais cbez Biloa.
Le début

Quand Assanga Djuli parlait, tout le monde pouvait croire que c'était lui, et non nos aïeux perdus dans les décomptes de notre généalogie, qui avait levé une armée de mille hommes pour combattre les Isseles lors de la guerre des Mekéniezés qui avait vu s'entre-déchirer le peuple éton pendant plus de vingt ans. Il était haut comme un baobab et concentrait dans ses yeux noirs la force tranquille d'un pape romain. Il était un vieillard dans le sens éton du terme c'est-à-dire qu'une lumière magnétique lui conférait le pouvoir de masquer ses vraies pensées. Il pouvait aussi bien enseigner la religion, les sciences occultes que la médecine ou les sciences naturelles. Il était voyant avec une habile capacité à jauger les hommes et à lire les signes de la brousse. Il était l'héritage de tout ce que nos ancêtres connaissaient.
 
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