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Le début
La petite villa est blanchie à la hâte pour être louée à un couple français nouvellement arrivé au Cameroun. Ma mère aidée de quelques jeunes filles et de boys nettoie la cour et enlève de la mauvaise herbe aux fleurs plantées par les anciens "occupants" grecs.
Mon père prend particulièrement soin de ses locataires. Il les traite avec une gentillesse et une courtoisie un peu forcées. La moindre de leur volonté est satisfaite. Il accepte ainsi d'enlever tel arbre, de déplacer ce puits, d'interdire le pilage des graines ou les jeux d'enfants.
Oui, je comprends, il faut à tout prix louer cette villa construite avec beaucoup de mal. Il y a tant de bouches à nourrir, tant de corps à soigner, des jeunes à instruire, des vieux à enterrer.
Mes parents, en plus, tiennent à former un vrai couple africain du XXème siècle : mamère veut une machine à coudre, un fer à repasser, un vélo, des robes de coton, de soie, de satin, des bijoux fins... Mon père a besoin d'un poste radio, d'un vélo, lui aussi, d'un pick-up pour remplacer le vieux phonographe, plus tard d'un réfrigérateur. Au bureau, il se veut impeccable, cuirassé dans un costume kaki, de forte toile de lin, dûment empesé.
Mon enfance n'offre aucune originalité. Elle ressemble à celle des autres enfants de mon âge et de ma condition. Je n'ai ni le souvenir d'une grande misère, ni la nostalgie d'un luxe extraordinaire. Je garde de cette enfance assez facile, mais quelconque, le souvenir un peu amer des gifles de mon père, toutes les fois que les cris de nos Jeux troublent la sieste sacrée de ses locataires.
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