WEREWERE LIKING

Werewere Liking est née en 1950 à Bondè, au Cameroun. Elle a été élevée par ses grands-parents paternels dans un milieu traditionnel.
Elle vit en Côte d'Ivoire depuis 1978.
Largement autodidacte, Werewere Liking s'intéresse à tous les arts: écriture, peinture, mise en scène, cinéma . . . Ses oeuvres sont proches du vécu et relatent toujours un moment marquant de sa vie. La démarche littéraire de Werewere Liking s'appuie sur le mouvement initiatique Ki-Yi Mbock, c'est-à-dire, selon elle, 'un mouvement pour la renaissance des arts africains, pour la naissance d'une culture panafricaine contemporaine et pour une rencontre et une reconnaissance des cultures du monde noir". Werewere Liking est un auteur prolixe qui a touché à tous les genres; cependant, c'est sans doute à son théâtre et à son travail au sein de la communauté du Village Ki-Yi qu'elle s'est forgé une réputation internationale.
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Ouvrages publiés

«La Queue du diable» in Du Rituel à la scène. Paris: Nizet, 1979.

La Puissance de Um Abidjan: CEDA, 1979 (64p.). ISBN 2 86394 004.

Une nouvelle terre: Théâtre rituel. Abidjan: Les Nouvelles Editions Africaines, 1980. ISBN 2 7236 0234 6.

«Les mains veulent dire» et «La Rougeole arc en ciel» in Spectacles Rituels . Dakar: Les Nouvelles Editions Africaines, 1987.

Un Touareg s'est marié à une Pygmée. Carnières: Lansman, 1992 (39p.). ISBN 2 87282 039 6.

«La Veuve dilemme» dans Miller Judith Plays by Women: an International Anthology . Book two. New York: Uburepertory theater publications, 1994. (Publié en traduction anglaise sous le titre The Widow Dylemma).

A la rencontre de . . . . Abidjan: Les Nouvelles Editions Africaines, 1980. ISBN 2 7236 0234 6. (142p.). ISBN 2 7236 0552 3. Roman.

Orphée dafric . Paris: L'Harmattan, 1981(128p.). ISBN 2 85802 208 9. Roman.

Elle sera de jaspe et de corail (Journal d'une misovire) . Paris: L'Harmattan. 1983 (156p.). ISBN 2 85802 329 8. Chant-Roman.

L'Amour-cent-vies. Paris: Publisud, 1988. (188p.).ISBN:2-86600 396 9 Roman.

On ne raisonne pas avec le venin Paris: Saint-Germain-des-Prés, 1977.

Liboy Li Nkundung. Paris: Classiques Africains, 1982.

Contes d'initiations féminines. Paris: Classiques Africains, 1983.
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Le début

Un peu plus en arrière, mais toujours à l'avant-scène, trois autres tabourets. Un pagne rouge est sur le premier tabouret, blanc sur le deuxième et noir sur le troisème tabouret. Au moment de s'asseoir, les personnages s'envelopperont du pagne qui est sur leur siège.

Le tabouret au pagne noir sera occupé par le Hilun. Le troisième homme s'assoira sur le tabouret au pagne blanc et celui au pagne rouge sera occupé d'abord par Ngond Libii et ensuite par le vieillard.

Ngond Libii entre en chantant un chant funèbre. Elle s'arrête au milieu de la scène et regarde les objets, les uns après les autres. Son regard s'arrête sur la calebasse de vin. Elle sourit, s'approche de la calebasse et se met à la caresser...

Puis, la portant contre sa joue, elle lui parle comme pour une confidence.
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Le début

Premier Tableau
Un village morne, encore endormi
Un chien hurle à la mort.
Un matin sale, humide.
Au bout d'un chemin, un couple se dispute:

L'homme, c''est NGuimbus, ce qui veut dire: "Le Sans Clan". Il est l'intellectuel du village, connu pour ses idées pseudo- "gauchisantes".

Elle, c'est Soo, ce qui veut dire: "Exagération". C'est le nom qu'on donne à la deuxième des jumelles. Soo est l'éspouse de NGuimbus, la passionaria très décriée du village...

Nguimbus
Mais chérie, je t'assure, je n'y suis pour rien, et je n'y peux rien.

Soo
Tu n'y es pour rien? C'est bien; aussi tu n'es plus rien.
Tu n'y peux rien? Mais c'est normal!!! Tu acceptes...
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Le début

Prélude: L'assemblée mystique.
Le soir tombe sur un désert hostile, dans une ambiance de fin du monde. Une femme, Hina Ini, la Terre-Mère, subit une douloureuse métamorphose: ses membres s'allongent et se rétrécissent tour à tour, sans qu'elle puisse rien y changer. Certaines parties de son corps sont atrophiées pendant que d'autres présentent une hypertrophie impressionnante. Une main énorme mais trop courte n'arrive pas à atteindre, pour la redresser, une trop longue jambe tordue. Hina Ini pousse des vocalises déchirantes, gutturales ou aériennes, au gré de ses contorsions. On sent un profond déséquilibre, une très mauvaise circulation d'énergie ou, pire, une monstrueuse carence dans cette circulation, dans ce corps...Un corps comme la masse continentale africaine, à l'envers.
Hina Ini:
A-t-on aboli toute loi

Jusqu'à la moindre règle de l'harmonie?
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Le début

- Afrika, c'est vraiment dommage que tu n'aies pas fait de psychologie. Il te serait facile de démonter certains mécanismes et tu serais plus sélective, plus rigoureuse... Tu as la réputation d'être facile, à cause de ta manie de donner. Tu donnes à tout le monde, sans distinguer le mérite, alors qu'à certains, tu devrais jeter à la figure ce qu'ils demandent comme une gifle. Tu te laisses prendre à des pseudo-bonnes manières, des effusions qui n'en finissent pas, des bénédictions... Je ne vois pas le plaisir que tu peux en tirer...

- Celui de donner, Occident. La joie de celui qui reçoit crée le plaisir pour celui qui donne. Mais comment savoir qui mérite réellement le don?

- Les gens méritants se distinguent par leur discrétion, leur finesse, leurs efforts, et ils ne cherchent pas à convaincre de quoi que ce soit. On les découvre petit à petit et le don qu'on leur fait vient encourager leurs efforts. Si tu avais fait un peu de psychologie, tu ferais facilement la différence entre les êtres...

- Ecoute Occident, je n'aime pas m'octroyer le droit de classifier les gens comme des graines et, si je devais le faire, je les classerais plutôt par catégorie de nécessiteux. De plus, il me semble plus doux d'offrir à qui en a réellement besoin...
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Le début

Orphée, Nyango, Nyango - Orphée.
Deux noms qui sonnaient bien.
Allaient-ils bien ensemble?
Nyango signifie: Madame...
Comme ça lui allait bien!
C'était réellement une grande dame.
Et Orphée?

Longtemps, Orphée s'était demandé ce que signifait son nom. Traditionnellement, chaque nom voulait dire quelque chose, quelque chose qui était en rapport avec les circonstances de la naissance, le caractère et le destin de son porteur. Et au fur et à mesure de l'évolution, on acquérait de nouveaux noms...

Aujourd'hui, dès la naissance et irrévocablement, on nous affuble d'une demi-douzaine de noms en ignorant leur intention première. Ne suffit-il pas de savoir qu'ils furent portés par des Saints? Saint-Athanase, Saint-Polycarpe, Saint-Simplice, Sainte-Cunégonde, Saint-Thècle, et autre Eulalie...

Un jour, par chance, on vit des titres comme "Orphée aux enfers", "Orfeo negro"... Et à défaut de savoir la signification de ce nom, on sut le destin de son porteur... Et notre Orphée espéra au fond de son coeur que ce nom signifiait: Monsieur; sinon, il faudrait désormais appeler Nyango, Eurydice. Mais, ... en réfléchissant bien, il préféra la première solution: il ne voulait tout de même pas être obligé d'aller chercher son amour jusqu'aux enfers!...
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Le début

Grozi s'est encore masturbé.

Et le voici à nouveau la queue devant basse molle une goutte honteuse pendouille là hésitante: tombera, tombera pas...

- Je voulais... Je voudrais... J'aurais voulu... Une aventure... Non! une situation..., une recontre c'est ça! J'aurais voulu une rencontre initiatique... Il hésite... Puis il se détourne furieux. Que lui ai-je encore fait?

- Ça va, ça va! Tu me méprises, je sais! Tu méprises tous ceux qui sont comme moi, tous les tsé-tsés de Lunaï. Allez va! Joue les supérieures, ça te va si bien...

Et il s'enfuit. Me voici seule encore une fois seule toujours seule jusqu'à quand encore?
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Le début

Certains destins sont marqués d'un sceau particulier. Et les êtres qui les vivent ne connaissent jamais la banalité. Leur couardise comme leur courage, leur force comme leur faiblesse, leurs défauts comme leurs qualités paraissent toujours exceptionnels. Ainsi en est-il du destin de mon frère, Lem Liam Mianga...

Tenez... Son nom n'est-il pas déjà tout un programme? "L'Habitude" ou "la Manière de jeter des ponts".

Aujourd'hui artiste de renom, marié et père d'enfants, il n'a été amoureux que d'une seule femme et le demeurera sans doute à jamais: Madjo, notre grand-mère paternelle! Sa femme le sait et s'en est bien accommodée: il ne fallait pas moins, à cet être étrange venu d'ailleurs, qu'un sentiment tout aussi étrange...

Un de ces sentiments indescriptibles, indestructibles mais si souvent mal vus qu'ils conduisent tout droit sur le divan du psychanalyste quand ce n'est pas à l'asile, en prison ou au cimetière, pour violation de tabous, immoralité, anormalité, perturbation de l'ordre social.